Archive for mars, 2015

Voyage en Assyrie

Mercredi, mars 18th, 2015

Malheureusement l’actualité nous démontre que l’histoire se répète sans que les hommes ne consentent à l’éviter, et tout en sachant pertinemment les conclusions. L’enlèvement par Daech de plus de 250 chrétiens assyro-chaldéens dans la région du Khabour ravive la mémoire douloureuse de cette communauté. Le 23 février, à 5 h du matin, Daech lance une attaque sur des villages assyriens le long du Khabour, cette rivière qui traverse le nord-est de la Syrie et se jette dans l’Euphrate. Des milliers de chrétiens prennent la fuite. Environ 2?000 d’entre eux sont réfugiés à Kameshli, une ville située à une centaine de kilomètres au nord, près de la frontière turque, tandis que des milliers d’autres ont trouvé refuge à Hassaké, à quelques kilomètres seulement des villages tombés aux mains des djihadistes. Ils ont été accueillis dans les différentes églises chrétiennes qui y sont implantées. « Sur ces milliers de personnes ayant évacué la zone, plus de 250 ont été enlevées, même si ces chiffres sont difficiles à établir avec certitude. Elles sont retenues vers Chaddadé, le fief de l’État islamique dans la région », explique Naher Arslan, membre de l’Institut assyrien de Belgique, où vit une importante diaspora. En contact téléphonique quotidien avec les déplacés, il ne confirme pas l’information selon laquelle une quinzaine d’assyriens auraient trouvé la mort. De son côté, Antoine Audo, évêque chaldéen de Damas, estimait sur le site AsiaNews (en italien) que l’assassinat de 15 chrétiens après l’enlèvement était une rumeur. Seuls quatre ou cinq membres de la milice assyrienne chrétienne Sutoro auraient été tués dans les combats. Premier signe d’espoir après ce drame, 19 otages ont été libérés le 1er mars contre rançon. Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, estime possible que Daech se serve des kidnappés comme monnaie humaine pour obtenir de l’argent ou des libérations de prisonniers. « Nous sommes particulièrement inquiets pour les hommes enlevés, nous craignons qu’ils servent de boucliers humains. » Pour les assyriens, cet enlèvement ravive la mémoire de précédentes persécutions. « Cette tragédie secoue la communauté, car elle s’inscrit dans la suite de ce qui s’est passé en Irak, à Mossoul, et dans la plaine de Ninive à partir de juin 2014, témoigne Joseph Yacoub, professeur de l’université catholique de Lyon et lui-même originaire du Khabour. L’ironie du sort fait aussi que les assyriens pris pour cible en Syrie sont précisément les descendants des rescapés du génocide de 1915 en Turquie et de 1933 en Irak. » Fondée au Ve siècle après un schisme au moment du concile d’Éphèse (431), l’Église assyrienne de l’Orient, parfois appelée Église nestorienne – dénomination que réfutent les assyriens –, se développe dans l’Empire perse. Au XVe siècle, ils sont massacrés par le Mongol Tamerlan et trouvent refuge dans les montagnes du Hakkari, en Turquie actuelle. « Ils copient alors l’organisation des Kurdes locaux et se répartissent en tribus dirigées par un malek. Leur patriarche est un chef spirituel mais aussi temporel, à la tête d’une tribu », explique Florence Hellot-Bellier, historienne au centre de recherche Mondes iranien et indien du CNRS. En 1553, à la suite d’une dispute interne, Jean Sulaqa, alors supérieur du monastère assyrien Rabban ­Hormizd d’Alqosh, dans le nord de l’Irak actuel, demande au pape de le consacrer patriarche. Cette scission donne naissance à l’Église chaldéenne catholique.