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Le challenge philosophique

Vendredi, septembre 30th, 2016

L’introduction d’une thèse de doctorat en philosophie peut sans doute se faire de plusieurs façons. Certains s’attendraient à ce que l’auteur utilise cette entrée en matière afin de mettre en place une problématique, de la situer au sein des débats et de l’avancement des connaissances sur l’objet sur lequel porte la thèse, d’énoncer une ou des hypothèses de recherche et d’annoncer la méthodologie qui sera retenue par le doctorant. Nous le ferons dans le corps de la thèse; mais, nous avons opté pour une autre façon d’introduire notre propos : esquisser succinctement le problème, présenter brièvement les principales parties du texte et annoncer dès le point de départ les limites du travail que nous entreprenons. Ce choix est délibéré. Il nous est imposé par la nature même du sujet que nous abordons dans cette thèse, pensons-nous. En effet, c’est toute la première partie de la thèse qui nous est nécessaire pour camper la problématique, faire émerger les hypothèses de recherche ainsi que mettre en lumière la réflexion philosophique qui les nourrit. Une introduction du premier type n’y aurait pas suffi. Quant à la méthodologie, un chapitre particulier lui sera dédié tant cet aspect du projet nous importe. Mais il convenait, nous a-t-il semblé, de mettre plutôt l’accent dans notre introduction sur la genèse de la démarche d’ensemble que nous avons entreprise il y a déjà plusieurs années et dont témoigne cette thèse, de prévenir nos lecteurs des grandes étapes que nous voulions parcourir en leur compagnie et de justifier dès le point de départ une démarche qui n’emprunte peut-être pas tous les canons habituels. En somme, situer nos lecteurs et les mettre suffisamment en appétit pour qu’ils acceptent de faire route avec nous… Cette thèse s’inscrit en droite ligne avec la présentation que faisait Jean-François Malherbe à l’occasion de l’inauguration de la Chaire d’éthique appliquée de l’Université de Sherbrooke à l’automne 1999. Cette présentation annonçait que l’éthique appliquée s’adressait à toute personne, à tout citoyen désireux de réfléchir sur les enjeux éthiques de sa profession et de la société. À de telles personnes, la Chaire offrait de les accompagner, de penser avec eux, de «‘catalyser’ la pensée des citoyens plutôt que de penser à leur place». Notre thèse témoigne du fait que nous avons bénéficié d’un tel accompagnement et d’une telle formation. Notre démarche est celle d’un enseignant de philosophie éthique au collégial qui réfléchit sur son «devoir» pédagogique dans ce cours compte tenu des finalités et de la nature même de l’éducation, des consignes ministérielles afférentes à ce cours et des pratiques diverses qui se réalisent sur le terrain réel de l’enseignement en classe. En ce sens, elle est elle-même une démarche d’éthique appliquée, soutenons-nous. L’élément déclencheur de cette recherche se trouve dans une interrogation sur notre rôle et notre pratique d’enseignant de philosophie éthique dans le nouveau contexte de cet enseignement tel que créé par le renouveau de l’enseignement collégial au début des années 1990. Ayant remarqué que la nouvelle exigence officielle d’arrimer ce cours de philosophie au programme d’études des élèves allait dans le sens de la montée de l’éthique appliquée, définie comme éthique sectorielle, nous nous sommes demandé si, dix ans après l’implantation de la réforme, cette approche d’éthique appliquée était vraiment présente dans les cours de philosophie éthique tels que dispensés dans le réseau collégial et, si oui, quelle était son incidence sur l’intérêt et la réussite des élèves qui participaient à ces cours. Source: challenge commercial.