La théorie du simulateur

Il y a quelques semaines, le CEO de Tesla, Elon Musk, révélait être persuadé que notre réalité n’est en fait qu’une simulation, une réalité virtuelle grandeur nature. De prime abord, cette affirmation peut sembler fantaisiste, voire totalement absurde et incompréhensible. Toutefois, en parcourant cette explication illustrée de la théorie du simulateur, vous risquez à votre tour de percevoir notre monde sous un autre angle…  L’idée formulée par Elon Musk, selon laquelle il est quasiment certain que nous vivons dans une réalité virtuelle, est difficile à prendre au sérieux. À l’évidence, l’incrédulité générale est toujours de mise lorsqu’il s’agit de remettre en cause les croyances établies. 2000 ans avant Galilée, l’astronome Aristarchus de Samos s’était d’ailleurs heurté aux mêmes réactions en suggérant que la Terre n’était peut-être pas au centre de l’univers…  Cependant, ce genre d’idées nous incite à nous interroger sur ce que nous considérons comme la réalité. Nous devons garder en mémoire que ce que nous voyons et ce que nous savons est toujours limité. Pour étendre notre vision, il est nécessaire de se livrer à des expériences toujours plus poussées. À travers la bande dessinée présentée dans cet article, vous pourrez comprendre avec précision cette « théorie du simulateur » avancée par Elon Musk, pour ensuite la réfuter, ou éventuellement l’accepter. Elle est directement inspirée par les écrits de Nick Bostrom, philosophe à l’Université d’Oxford.  40 ans d’évolution virtuelle Pour commencer, prenons un peu de recul sur l’évolution des jeux vidéo depuis 40 ans. Au début des années 1970, le premier jeu, Pong, repose sur deux rectangles se renvoyant un cercle. Un concept pour le moins minimaliste, soumis aux limites techniques de l’époque.  Trente ans plus tard, en l’an 2000, le jeu The Sims propose une simulation du monde réel, au sein de laquelle des personnages animés en 3D interagissent entre eux ou avec des objets et sont capables de ressentir des émotions propres.  Aujourd’hui, nous bénéficions de casques 3D comme l’Oculus Rift ou le HTC Vive. L’avatar a laissé sa place au joueur, qui peut directement interagir avec l’environnement virtuel. Nous sommes parvenus à persuader nos propres esprits que ces simples pixels constituent la réalité.  De même, l’informatique moderne permet de prévoir les conditions météorologiques, ou encore de simuler la manière dont les composants chimiques de nos corps réagissent, et bien d’autres tâches d’une extrême complexité. En quelques années, un long chemin a été parcouru.  Et dans 10000 ans ? En 40 ans, nous sommes passés de Pong à des casques RV capables de nous transporter dans des univers fantastiques grâce à des jeux vidéo d’un réalisme à couper le souffle. Par conséquent, même si le progrès ralentit, nous devrions être largement capables de créer des simulations de nous-mêmes d’ici 10000 ans.  Il ne s’agit pas d’améliorer les graphismes ou les mécanismes virtuels, mais bel et bien de simuler les synapses qui composent le cerveau humain. En théorie, rien n’empêche de simuler ce fonctionnement complexe, car il repose uniquement sur des processus physiques. D’ici 10 millénaires, nous serons donc probablement en mesure de comprendre et de reproduire ces processus au sein d’une simulation informatique… de la même manière que nous avons recréé le rebond d’une balle avec Pong.  Par conséquent, dans 10000 ans, les ordinateurs seront en mesure de simuler le monde entier, à condition d’avoir suffisamment de puissance de calcul. Pour Bostrom, cette puissance pourrait être obtenue en envoyant de minuscules robots sur d’autres planètes. Ces robots se dupliqueraient eux-mêmes, et transformeraient directement les planètes en gigantesques ordinateurs.  Allons-nous simuler le passé ? S’il est possible de simuler le monde réel, les humains du futur décideront probablement de recréer le passé et de simuler leurs ancêtres, c’est à dire nous. Grâce à la puissance sans limites obtenue grâce aux nanorobots, ces Hommes du futur choisiront probablement de lancer cette simulation plusieurs millions ou milliards de fois simultanément.  Par la suite, les humains virtuels de ces simulations pourraient à leur tour choisir de créer leurs propres simulations. De fait, si nous sommes capables de créer des milliards de simulations de consciences humaines et que ces simulations peuvent également créer des simulations, alors nous ne sommes peut-être que des simulations…  Si l’on considère qu’il y a davantage de consciences humaines simulées que de véritables humains dans la réalité de base, il est même probable que nous ne soyons que des simulations.  À moins que l’on ne s’entre-tue avant L’autre possibilité est que la race humaine s’éteigne avant de parvenir à ce stade de l’évolution. Le réchauffement climatique, les guerres et les épidémies sont autant de menaces qui planent sur le progrès technologique et plus simplement sur la survie de l’humanité. Pour Bostrom, la fin de l’espèce pourrait provenir d’une technologie mal utilisée. Par exemple, les nano-robots, qui s’apparentent en clair à des bactéries mécaniques, pourraient détruire toute forme de vie sur la planète Terre.  Autre possibilité : les humains du futur n’ont aucune envie de simuler leurs ancêtres Il est possible que les humains du futur soient confrontés à des scrupules sur le plan éthique. Créer des simulations d’humains, qui seront inexorablement confrontées à la souffrance et aux difficultés de la vie peut facilement sembler immoral.  De même, il est possible que ces êtres du futur ne ressentent aucune envie de simuler leurs ancêtres, car ils sont davantage concentrés sur le futur et l’innovation.  L’une de ces trois hypothèses est certainement vraie En somme, soit nous ne ressentirons pas le besoin de simuler notre passé, soit nous allons nous éteindre avant d’y parvenir, soit nous vivons bel et bien dans une simulation. Elon Musk pense que cette dernière hypothèse est quasiment sûre, tandis que Nick Bostrom estime sa probabilité à 20%. Le philosophe précise que cette estimation est tout à fait subjective. En tous les cas, tous deux s’accordent à dire que l’une de ces trois issues est inévitable.  La théorie du simulateur, un sujet de conversation fascinant En introduction de son essai sur ce sujet, Bostrom explique que cette thèse ne présente pas d’intérêt que pour les personnes intéressées par la spéculation sur le futur. Selon lui, cette théorie stimule les êtres humains à formuler des questions méthodologiques et métaphysiques, et suggère naturellement des analogies avec certains concepts présents dans les religions traditionnelles.  Effectivement, si nous sommes dans une simulation, il existe nécessairement des êtres supérieurs comparables au concept de Dieu. Toutefois, ces êtres supérieurs sont simplement nos descendants, ou plutôt une version future de ce que nous sommes.  La question qui se pose alors est de savoir d’où proviennent les êtres humains de la réalité initiale, celle qui n’est pas une simulation. Il est possible que ces êtres se posent encore la question à l’heure actuelle. Il est possible qu’ils aient créé des milliards de simulations de leurs ancêtres, dans l’espoir que l’un d’entre nous trouve la réponse à ce mystère.  Cette théorie amène également à réfléchir sur la réalité virtuelle en tant que technologie, et pourrait constituer un moteur d’innovation pour imaginer et développer des applications toujours plus immersives. Il s’agit d’un sujet de conversation sans fin, au point qu’Elon Musk et son frère ont décidé d’un commun accord de ne plus l’aborder lorsqu’ils se détendent ensemble dans un jacuzzi.

Comments are closed.